La ruminococcine C est naturellement produite par une bactérie vivant dans notre intestin. Celle-ci fabrique une molécule qui ne s’active qu’une fois relâchée hors de la cellule, grâce à l’action d’une enzyme humaine. © Clarisse Roblin

La ruminococcine C contre la résistance aux antibiotiques

Résultats scientifiques Vivant et santé

Alors que les bactéries pathogènes résistent de plus en plus aux antibiotiques, de nouveaux médicaments doivent être mis au point. Dans cette optique, des chercheurs de l’Institut des sciences moléculaires de Marseille (ISM2, CNRS/Aix-Marseille Université/École Centrale Marseille), du Laboratoire de chimie et biologie des métaux (LCBM, CNRS/CEA/Université Grenoble Alpes), de l’Institut de microbiologie de la Méditerranée (IMM, CNRS/Aix-Marseille Université) et de la société ADISSEO ont étudié le potentiel thérapeutique de la ruminococcine C. Grâce à sa structure unique et son mode d’action, présentés dans la revue Science Advances, cet antibiotique n’est pas toxique tout en détruisant des bactéries particulièrement nocives et sans induire de résistance.

L’OMS prédit que la résistance croissante des bactéries aux antibiotiques provoquera la mort de 10 millions de personnes par an à l’horizon 2050. Différents ensembles de molécules sont donc étudiés afin d’offrir de nouveaux médicaments, comme la classe des bactériocines : des peptides antimicrobiens produits par d’autres bactéries. La petite famille des sactipeptides a ainsi été identifiée il y a moins d’une dizaine d’années. Des chercheurs de l’Institut des sciences moléculaires de Marseille (ISM2, CNRS/Aix-Marseille Université/École Centrale Marseille), du Laboratoire de chimie et biologie des métaux (LCBM, CNRS/CEA/Université Grenoble Alpes), de l’Institut de microbiologie de la Méditerranée (IMM, CNRS/Aix-Marseille Université) et de la société ADISSEO ont découvert un nouveau membre de cette famille, la ruminococcine C, un antibiotique qui s’avère efficace contre différents pathogènes sans engendrer de résistance.

La ruminococcine C est naturellement produite par une bactérie, Ruminococcus gnavus E1, qui vit en symbiose dans le système digestif humain. Les scientifiques sont parvenus à isoler ce sactipeptide à partir de contenus intestinaux, puis à le produire en laboratoire en plus grandes quantités. Les chercheurs ont également montré que la ruminococcine C n’est pas toxique et lutte efficacement, à des doses réalistes, contre certains pathogènes inscrits sur la liste prioritaire de l’OMS ou liés à des infections nosocomiales comme Staphylococcus aureus ou Clostridium difficile. Contrairement à la majorité des bactériocines connues, qui détruisent les microbes en criblant de trous leurs membranes, la ruminococcine C agit sur une cible moléculaire à l’intérieur de la bactérie. Pour l’heure, les bactéries pathogènes ne semblent pas développer de résistance face à ce nouveau type d’action. Les chercheurs approfondissent à présent la découverte, afin d’avancer vers la production, à plus grande échelle, de cette molécule innovante dans la lutte contre l’antibiorésistance.

La ruminococcine C est naturellement produite par une bactérie vivant dans notre intestin. Celle-ci fabrique une molécule qui ne s’active qu’une fois relâchée hors de la cellule, grâce à l’action d’une enzyme humaine. © Clarisse Roblin

Références

Steve Chiumento, Clarisse Roblin, Sylvie Kieffer-Jaquinod, Sybille Tachon, Chloé Leprètre, Christian Basset, Dwi Aditiyarini, Hamza Olleik, Cendrine Nicoletti, Olivier Bornet, Olga Iranzo, Marc Maresca, Renaud Hardré, Michel Fons, Thierry Giardina, Estelle Devillard, Françoise Guerlesquin, Yohann Couté, Mohamed Atta, Josette Perrier, Mickael Lafond, Victor Duarte
Ruminococcin C, a promising antibiotic produced by a human gut symbiont
Science Advances - Septembre 2019
DOI: 10.1126/sciadv.aaw9969

Contact

Mickael Lafond
Chercheur (ISM2)
Victor Duarte
Chercheur (LCBM)
Stéphanie Younès
Responsable Communication
Christophe Cartier dit Moulin
INC & Institut parisien de chimie moléculaire
Sophie Félix
Chargée de communication