Deux ingénieures au chevet d'une plateforme RMN pendant la crise COVID

Pas de temps d’arrêt pour la plateforme technologique bordelaise* pendant le confinement. Axelle Grélard, ingénieure de recherche au CBMN et Estelle Morvan ingénieure d’études et responsable du plateau de Résonance Magnétique Nucléaire de l’IECB au sein de cette plateforme, sont restées aux commandes pour préserver intacts les équipements de recherche.

 

Alors que les mesures de confinement et leur durcissement progressif ont restreint l’activité des laboratoires de recherche, Axelle Grélard et Estelle Morvan ont continué d’assurer la maintenance des équipements de leur unité bordelaise pendant la crise sanitaire provoquée par le coronavirus.

Leur implication dans le Plan de Continuité d’Activité (PCA) du laboratoire liée à leur fonction faisait d’elles, les seules personnes habilitées à maintenir les grands instruments de Résonance Magnétique Nucléaire (RMN) en fonctionnement pendant toute la durée du confinement.

Recrutée à l’Institut de Chimie et Biologie des Membranes et des Nano-objets (CBMN) [1] en 2001, Axelle Grélard, médaillée de CRISTAL CNRS, est ingénieure de recherche en spectroscopie de RMN et responsable opérationnelle dans le cadre du réseau national IR-THC de l’une des machines de la plate-forme : le 800MHz. Estelle Morvan est ingénieure d’études à l’Institut Européen de Chimie et de Biologie (IECB [2] , responsable de plateforme RMN. Bien que dépendantes d’unités de recherche distinctes, elles travaillent toutes deux depuis sept ans au sein d’un même espace où les instruments de RMN sont mutualisés sur un plateau technique de 300 m2.

La particularité de la plate-forme technologique de Bordeaux est d’offrir une concentration d’instruments de RMN Très Haut Champ, (huit spectromètres avec des champs allant de 100MHz à 800MHz) faisant d’elle l’un des sept sites du réseau national IR-THC. La mutualisation des machines donne à cette structure une dimension nationale et internationale. Pour comparaison un laboratoire classique possède deux ou trois grands instruments.

« En temps normal, un laboratoire comme le nôtre accueille jusqu’à 60 chercheurs et étudiants par jour. Notamment les chimistes qui sont les plus nombreux », nous précise Axelle Grélard. Du jour au lendemain, avec les restrictions sanitaires liées au COVID, les bâtiments de l’université se sont vidés. Estelle Morvan, première à s’être rendue sur place avoue que l’« on s’habitue très vite au silence. Nous travaillons habituellement dans un environnement très bruyant.». Bien que l’activité de recherche de nos deux ingénieures ait été réduite pendant cette période particulière, la mise en place du PCA exigeait leur présence régulière. « Notre technologie RMN repose sur l’utilisation d’aimants supraconducteurs. Les huit spectromètres du plateau nécessitent pour être maintenus en état de marche de l’azote et de l’hélium liquides. Ces liquides cryogéniques s’évaporent à température ambiante, et la conséquence si une machine n’est pas alimentée en fluides c’est la perte de notre outil de travail ! » nous dit Estelle Morvan. Ces dégâts se chiffreraient alors en millions d’euros. « La motivation au moment du confinement était surtout de maintenir l’équipement.  Si le refroidissement de la bobine magnétique n’est pas constant on la perd. L’arrêt d’un aimant coûte 20 000 euros, puis environ et 40 à 50 000 euros pour sa remise en route. » L’urgence pour les ingénieures consistait à préserver les outils de la recherche et éviter des conséquences économiques désastreuses pour le laboratoire. Estelle Morvan et Axelle Grélard ont donc veillé ensemble à maintenir l’approvisionnement auprès des fournisseurs des indispensables fluides cryogéniques. Les prestataires, eux-mêmes chaînon essentiel du PCA et qui acheminent les produits, ne leur ont heureusement jamais fait défaut.

En plus d’avoir su préserver les équipements, elles ont pu avancer sur leurs travaux de recherche. L'un des sujets qui occupe Axelle Grélard actuellement concerne l'étude du dépérissement de la vigne. La technique RMN (associée aux rayons X) détermine à l'échelle moléculaire les modifications de la structure du bois. « Une meilleure compréhension de ces modifications pourrait aider à prévenir le dépérissement. », commente Axelle.. Estelle Morvan quant à elle parle de son métier avec passion :  «Mon cœur de métier est le soutien à la recherche. J’aide, je forme les chercheurs et je mets à leur disposition des outils performants pour la réalisation de leurs projets. »

Au-delà de ces missions, elles se sont également portées volontaires pour produire du gel hydroalcoolique qui manquait alors cruellement dans les EPHAD.

Quant au déconfinement, Estelle Morvan explique avoir mené une réflexion début mai pour « étendre les précautions sanitaires en prévision du retour de nos utilisateurs. Nous avons proposé un protocole de reprise à la direction puis l’avons soumis aux chercheurs. » Elle ajoute « Avant l’arrivée des scientifiques, nous en avons profité pour réaliser la maintenance des compresseurs. Du temps gagné sur le retour des équipes multiples de l’IECB. Progressivement, les conditions d’accès ont été assouplies. Le planning d’utilisation du plateau technique est aujourd’hui au complet ».

À la veille de la sortie de l’état d’urgence sanitaire, Estelle Morvan et Axelle Grélard considéraient être mieux préparées à affronter une gestion de crise. Dans une entente parfaite, elles conviennent avoir vécu une expérience unique et s’expriment pratiquement d’une même voix sur ce sujet, au point qu’il est difficile de départager leurs vécus.

 

Zahra Muyal

 

 

* Plateforme université de Bordeaux, CNRS, Inserm

[1] L'institut de Chimie et Biologie des Membranes et des Nano-objets (CBMN) est un institut du CNRS, de l’université de Bordeaux et de l’Institut Polytechnique de Bordeaux. Il est pluridisciplinaire et opère à l’interface entre la Chimie, la Biologie et la Physique.

 

[2] L’IECB est un hôtel à projet créé en 1998, c’est à dire un incubateur d’équipes de recherche international et interdisciplinaire, placé sous la tutelle conjointe du CNRS, de l’Inserm et de l’université de Bordeaux.