[Covid-19] Recyclage des masques : les chercheurs en mode Taskforce

Entretiens

En mars dernier, en pleine pandémie de Covid-19, la consommation de masques à usage unique, chirurgicaux et FFP2, explosait. Face au risque de pénurie et à la production de déchets, chercheurs, scientifiques, médecins se sont alliés au sein d’un consortium autour d’une question centrale : ces masques peuvent-ils être réutilisés après avoir été déchargés de leur charge virale ? L’équipe « Fluides Supercritiques » de l’Institut de Chimie de la Matière Condensée de Bordeaux (CNRS/Université de Bordeaux/Bordeaux INP) est sollicitée dans l’urgence pour tester des protocoles de décontamination qui permettraient de recycler les masques, ou plus exactement, de les régénérer en conservant toute leur capacité de filtration.

Mars 2020. L’épidémie de Covid-19 met en lumière les tensions d’approvisionnement en masques chirurgicaux et FFP2. Très vite, un consortium interdisciplinaire se crée, autour du CNRS, du CEA et d’hôpitaux pour explorer les pistes de recyclage de ces masques. À Bordeaux, Cyril Aymonier, directeur de recherche CNRS à l’Institut de Chimie de la Matière Condensée de Bordeaux (CNRS/Université de Bordeaux/Bordeaux INP) est contacté pour rejoindre le projet. « La question était de savoir si le CO2 supercritique sur lequel notre équipe travaille pouvait, grâce à ses propriétés spécifiques, permettre de décontaminer les masques usagés pour les régénérer », explique le chercheur.

 

En un temps record, l’équipe bordelaise, alors en confinement, reprend du service. « La procédure pour réintégrer le laboratoire a été très rapide, grâce à l’extrême réactivité de la direction de l’ICMCB et du délégué régional », précise Cyril Aymonier. Rapidement, trois phases ont été identifiées pour mener ces travaux exploratoires : «Anais Cario, Guillaume Aubert et moi-même, devions d’abord vérifier que le traitement des masques au CO2 supercritique n’altérait pas leur efficacité de filtration. Puis bien évidemment tester l’effet biocide de notre méthode». Une grande nouveauté pour cette équipe de chimistes qui a dû apprendre à travailler avec un indicateur biologique, habituellement utilisé dans les hôpitaux pour vérifier le bon fonctionnement des autoclaves en milieux hospitaliers. « L’inactivation de ces spores très résistantes (et non pathogènes !) a prouvé que le traitement à base de CO2 supercritique offre une solution pour la décontamination des masques » explique le chercheur qui ajoute : « notre méthode a montré son efficacité.  Après l’étape ultime de nettoyage des masques pour extraire les éventuelles salissures, nous finalisons nos travaux pour fournir une réponse précise à la question initialement posée ». Un brevet a été déposé au début de l’été 2020.

 

Très investi au sein du consortium interdisciplinaire qui n’a cessé de grandir jusqu’à réunir plus d’une cinquantaine d’équipes dédiées au recyclage des masques, Cyril Aymonier est aussi très impliqué au sein de son laboratoire bordelais, qu’il s’apprête à diriger pour les cinq prochaines années. Le futur directeur de l’ICMCB confie : « de cette période en confinement resteront de nombreuses connexions avec des scientifiques avec lesquels je n’aurais jamais pensé collaborer un jour. De nouveaux champs d’application s’ouvrent à nous, à l’interface de la chimie, de la biologie et des matériaux. Ce qui a été démontré sur les masques trouvera certainement écho sur d’autres problématiques dans les hôpitaux ».

 

Pour en savoir plus : Lire l’article dans CNRS Innovation La lettre

Contact

Cyril Aymonier
Stéphanie Younès
Responsable Communication - Institut de chimie du CNRS